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PRATIQUES D’ORAL ( Denis Fabé pour CNDP: Oral et zep)

 

Titre : échanger le sens d'un texte

 

Niveau : Collège 3° et 6°

 

Académie : Lille

 

Résumé :

 

Il est traditionnel de considérer la compréhension d'un texte, j'entends par compréhension l'acte même de lire et de percevoir le sens du message écrit, comme un acte solitaire, préparatoire à tout discours analytique sur un texte, l'exégèse, elle seule, appartenant au domaine de l'oral collectif, souvent dirigé et organisé par le maître.  Or, il est évident que nombre d'élèves, particulièrement à propos des textes donnés au brevet des collèges, ne saisissent pas, seuls,  le sens de ce qu'ils sont invités à lire: d'où les contre-sens et les erreurs en apparence grossières que l'on peut découvrir à la lecture des copies.

Ainsi je propose à mes élèves de "partager" leur compréhension: plusieurs activités sont possibles, elles se font toutes en groupe de quatre..

a) Chaque élève lit le texte une ou deux fois. Ensuite, un premier élève prend la parole et essaie, par le souvenir, de raconter le texte  le plus précisément possible, en  en respectant l'ordre. Deux autres élèves ont pour tâche de l'accompagner, de le corriger ou de l'aider à reconstruire le sens. Le dernier élève, texte sous les yeux, devient l'aide et peut  relancer, proposer, corriger les tâtonnements des trois autres. Ce travail fait, après relecture individuelle dite de "vérification" ,  un  membre du groupe est chargé de raconter tout le texte, une dernière fois. Il est étonnant de remarquer comment des erreurs de compréhension ( ambiguïtés des pronoms, effets de chute, changements de point de vue etc.)  s'éclaircissent lors de cet échange oral.

b) Il existe une variante de cette démarche. Pendant la lecture, les élèves notent sur un bout de papier dix "mots mémoires", sortes de traces de lecture ou d'aide au souvenir. La première partie du travail consiste alors  à comparer ces mots mémoire et à justifier leur choix. La démarche est certes  plus analytique, mais grâce à la confrontation, chacun dans le groupe est amené expliciter  sa lecture,  quitte à retourner au texte pour affiner son argumentation.

La deuxième partie du travail est semblable à la première version:  relecture individuelle, et récit d'un élève.

Quand on pratique ces démarches dans une classe très hétérogène  , ou dans une petite classe ( les mots pouvant être remplacés par des dessins) , il est intéressant de voir comment les élèves en grande difficulté de lecture, ceux qui "ne lisent pas tout", gagnent à travailler ainsi. Ils peuvent prendre la parole sur le début du texte (sur les quelques lignes qu'ils ont lues) et, au moins,  entendre par les autres, la lecture des passages qu'ils n'ont pas eu le temps ou la possibilité de lire. Ici, l'un lit pour l'autre. Celui qui sait,  débroussaille le sens, donne une vision d'ensemble et permet à l'élève en grande difficulté de tout connaître, même s'il n'a pas tout lu.  Ainsi, j'ai vu des élèves en très grande difficulté de lecture, se remettre à lire, accompagné dans leur  acte douloureux de compréhension par la compréhension que les autres  venaient de partager.

 

 

Titre : Groupe de parole, groupe d'écoute

 

Niveau : Toutes les classes du collège, ici une classe de 6°

 

Académie : Lille

 

Résumé : Parmi les  problèmes que l'on rencontre dans les classes lors des moments d'oral , l'écoute semble être celui qui gêne le plus l'enseignant. A 25 ou à 30 par classe, il est parfois difficile pour un élève de prendre la parole sans "écraser" celle de son voisin, particulièrement lorsque le destinataire de la parole n'est pas un élève (un pair) mais plutôt le maître qui dirige et organise les échanges. 

Le dispositif présenté ici a deux objectifs: d'abord , proposer au sein de la classe un groupe restreint de parole  où chacun "a le temps de se  dire" et de confronter son discours avec celui des  "autres",   ensuite faire   de l'écoute un  acte réel d'apprentissage .

La classe est donc divisée en deux: un groupe de parole de huit élèves, volontaires lors des premières expériences, est installé autour de quatre tables rassemblées au milieu de la salle. Les autres, les "écouteurs" sont  assis autour de ce groupe et les observent.

Le maître, du moins au début, fait partie du groupe des "parleurs".

Les écouteurs ont une tâche précise et une interdiction absolue: s' ils ne peuvent pas intervenir pendant le débat,  ils doivent  à la fois prendre en notes "les choses importantes" qui ont été dites et  les remarques à faire sur le déroulement du débat .

Les parleurs eux n'écrivent rien.

L'activité  et les consignes sont  données par le maître à tout le monde. Elles doivent être assez ouvertes pour permettre des échanges complexes ( ex: Une image représentant une tasse sciée en deux , et le poème de Prévert: Déjeuner du matin. Question initiale: En quoi cette image peut-elle illustrer le poème?).
Le  maître lance le débat et les huit élèves échangent ( Le rôle de l'animateur n'étant pas de poser des questions mais de demander des précisions, de relancer, de faire reformuler, d'inciter…)

Quand le travail est terminé, le groupe de parole devient à son tour groupe d'écoute et inversement.

Dans le premier temps de ce qu'on appelle " le moment de retour" les élèves analysent les conditions du débat, son déroulement, les réussites, les ratages, les trouvailles. Ils peuvent et doivent  proposer des améliorations pour "mieux parler et mieux s'entendre en classe". Toutes ces idées sont notées et feront l'objet d'une fiche.
Ensuite les termes du débat sont repris , synthétisés, résumés, amplifiés. Ils donneront lieu à une trace écrite faite à partir des notes prises par les élèves qui ont participé à la discussion.

Le double travail écoute / parole permet aux élèves, certes  de comprendre les techniques de l'oral collectif,  mais surtout de cerner  les enjeux de l'échange comme  moment d' apprentissage partagé.