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du séminaire ]



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Séminaire: Mettre les élèves au travail

 

Le cadre institutionnel et politique de l'école en général, depuis un certain temps déjà, est en train de changer. Alors que la notion-même de collège « unique » est fortement critiquée, le principe de l'élève au centre du dispositif qui a toujours été diversement perçu par les partenaires de l'école, se décline de plus en plus difficilement en actions pédagogiques. L'hétérogénéité, qui n'a pas toujours été efficacement prise en compte durant ces années, reprend parfois des formes délibérément homogènes : les classes « européennes » se multiplient, même dans les collèges difficiles ; on invente toutes sortes de modes sélectifs par le haut, des filières élitistes, des « pôles d'excellence ».

Parallèlement, face aux publics difficiles, le système va chercher des méthodes et des « traitements » du côté des technologies, des techniques psycho-médicales, qui s'avèrent parfois si technicistes qu'elles en oublient le peu de scientificité des critères de sélection ou de distinction, que ce soit pour définir l'illettrisme ou la dyslexie .

Pourtant, dans la réalité du quotidien, les élèves sont là, avec leurs différences et leur diversité, autant dans les classes dites "hétérogènes" que dans celles plus délibérément « homogènes ». Tous continuent donc à surprendre leurs professeurs par leur inappétence aux savoirs, leur refus de travailler, leur besoin de zapper ou de surfer sur les connaissances, mais aussi par leur hyperactivité, leur désir de bien faire, d'être reconnus, leur rêves de célébrité et de pouvoir.

Le séminaire se propose de travailler à partir de cette réalité, celle, multiforme, que chaque professeur-stagiaire découvre lorsqu'il prend en charge une classe en responsabilité.

Une certaine tendance, dans l'école, mise sur des apparences de savoirs, réduisant par là-même les notions de travail et d'effort intellectuel à l'état de « faire-semblant ». Or il y a un défi à relever : comment installer des espaces de « liberté » et d'  « égalité » dans le travail scolaire. Nous sommes persuadés que la compétition scolaire ne favorise pas tout à fait l'éveil de toutes les formes d'intelligence. Bien trop souvent encore, il faut savoir avant d'avoir appris , il faut donner l'impression d'avoir compris avant même que de comprendre , il faut évaluer avant d'avoir en mains un nombre signifiant de paramètres, il faut remédier avant d'avoir diagnostiqué .

Mettre les élèves au travail, ce n'est pas vouloir les rendre, obligatoirement et à tout prix, silencieux, obéissants ou dociles.

C'est faire du sens, avec et malgré ce qu'ils sont, ce qu'ils disent, ce qu'ils savent ou ne savent pas faire -qu'ils soient déjà prêts à jouer le jeu scolaire ou qu'ils aient besoin que l'on construise avec eux les cadres d'un comportement scolaire ou la notion de métier d'élève ;
c'est donner une signification au bruit ou au silence dont ils s'entourent ;
c'est décider de ne pas les laisser là où ils sont, même si, parfois, on se rend compte de son impuissance de professeur face à des blocages cognitifs et/ou psychologiques trop importants; - c'est tenter, essayer, recommencer, trouver des détours, inventer des dispositifs variés et des situations d'apprentissage multiples;
c'est les « embarquer » avec soi dans une aventure intellectuelle, construire avec eux l'histoire d'une classe, d'un groupe, en inventant des dispositifs et des démarches qui leur proposent plus des modes de coopération que de rivalité.

Pour donner au plus grand nombre, sinon à chacun, le sentiment d'avoir sa place dans le cours de français, le plaisir de comprendre, d'apprendre, de se sentir, par moments, ou progressivement, un peu plus intelligent .

Séverine Suffys, Denis Fabé